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Lou-Ann GAUDAIRE

Date de naissance : 9 novembre 2006/ Saint Brieuc

Lou-Ann Gaudaire, championne d'europe de nage en eau libre 2025/ photo : Gaël CLOAREC

Lou-Ann Godaire, l’eau comme destin : portrait d’une nageuse qui ne cesse d’avancer

À 19 ans à peine, Lou-Ann Godaire n’a déjà plus rien d’une inconnue dans les bassins… ni dans les eaux agitées des compétitions internationales. Pourtant, derrière les médailles et les podiums, il y a une histoire faite de doutes, de travail acharné et d’une émotion brute, presque viscérale, qui guide chacun de ses mouvements.

Une évidence née dans l’eau

Tout commence à Saint-Brieuc, où Lou-Ann voit le jour le 9 novembre 2006. Avant même les longues distances et les podiums européens, il y a une enfant qui découvre l’eau presque instinctivement.

« Je n’avais pas peur de l’eau. J’aimais ça, tout simplement. »

Les souvenirs remontent : les clubs de plage, les piscines en bord de mer, les jeux d’été. Sa mère, ancienne nageuse, transmet sans le vouloir une forme d’héritage. La danse, testée un temps, ne résiste pas à cet appel liquide. Très vite, la natation s’impose comme une évidence.

Au cercle des nageurs de Saint-Brieuc, elle apprend les quatre nages, progresse, s’amuse… puis commence à se mesurer aux autres. Elle n’a que neuf ans lorsqu’elle goûte à ses premières compétitions. Rien d’exceptionnel encore, mais déjà une détermination qui ne la quittera plus.

Le goût de l’effort… et du doute

L’adolescence marque un tournant. Lou-Ann rêve d’intégrer un club plus ambitieux : le cercle des nageurs de Brest. Mais elle le sait, elle n’a pas encore le niveau.

Alors elle travaille.

Beaucoup.

En seconde, son quotidien devient celui d’une sportive de haut niveau : jusqu’à huit entraînements par semaine, entre séances matinales et longues heures dans l’eau le soir. Les journées s’étirent, la fatigue s’installe, mais elle continue. Parce qu’elle a un objectif.

Quand elle se présente enfin à Brest, le verdict est honnête : elle est « à la frontière ». Pas encore au niveau national… mais pas loin.

Ce “pas loin” devient son moteur.

Partir à 15 ans : le premier grand saut

En septembre 2022, Lou-Ann quitte le cocon familial pour rejoindre Brest et son internat. Elle n’a que 15 ans.

Le départ est un déchirement discret. Son père comprend. Sa mère, elle, a plus de mal à lâcher.

Et puis il y a cette sensation, difficile à avouer : celle de ne pas être à sa place.

Face à elle, des nageuses déjà internationales. Des noms qui impressionnent, comme Léane Cabon. Elle se sent « nulle », dit-elle sans détour. Le mot est dur, mais sincère.

Pourtant, son entraîneur, Steven (entraîneur de Lou-Ann Godaire), voit autre chose : l’envie. Et dans le sport de haut niveau, c’est parfois ce qui compte le plus.

« Quand il me pousse, quand il est dur avec moi… je sais que c’est bon signe. »

Les premières récompenses

Les résultats arrivent progressivement. Une qualification aux championnats de France d’été. Puis une première compétition marquante à Rennes : elle réalise les temps juniors… et même élite.

À Chartres, lors de ses premiers championnats de France juniors, elle atteint des finales B. Encouragent, sans être encore spectaculaire.

Mais en terminale, tout s’accélère.

Vice-championne de France sur 400 m, puis double vice-championne sur 400 et 800 m à Chalon-sur-Saône. Et surtout, une sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe juniors.

Le rêve prend forme.

L’Europe… et la frustration

Direction Vilnius. Première sélection, première grande scène internationale. La piscine est immense, l’ambiance impressionnante.

Mais le sport est parfois cruel.

Malade pendant la compétition, Lou-Ann ne peut pas nager. Le relais est disqualifié. La frustration est immense.

Et pourtant.

« Je retiens que c’était une expérience incroyable. »

Parce que même dans l’échec, elle apprend. Elle observe. Elle grandit.

La révélation en eau libre

C’est presque par hasard que tout bascule vers l’eau libre. Encouragée par son entraîneur et inspirée par sa coéquipière Inès Delacroix, elle se lance.

Les entraînements deviennent encore plus exigeants : jusqu’à 90 kilomètres par semaine.

« Honnêtement, c’était vraiment dur. »

Mais quelque chose change. Dans ces courses imprévisibles, où la stratégie compte autant que la vitesse, Lou-Ann trouve sa place.

Aux championnats d’Europe juniors au Portugal, elle s’aligne sur 10 km.

Et là, elle ose.

Dans le dernier tour, elle part seule. Un choix risqué, presque irrationnel.

« Je savais que je devais le faire. »

Elle gagne.

La Marseillaise, les larmes, et le sens de tout

Sur le podium, l’émotion est incontrôlable. Les larmes montent. Et puis il y a cet instant suspendu : La Marseillaise qui résonne.

« Je ne peux pas l’expliquer. Il faut le vivre. »

Elle sait pourquoi elle pleure. Elle sait ce que cela représente. Des années d’efforts, de doutes, de sacrifices… condensés en quelques minutes.

Elle récidive ensuite sur 3 km, puis décroche l’argent en relais.

Mais au fond, ce n’est pas seulement une moisson de médailles.

C’est une confirmation.

Rêver plus loin que les podiums

Aujourd’hui, Lou-Ann regarde déjà vers l’avenir. Les championnats d’Europe seniors, les étapes de Coupe du monde… et surtout les Jeux.

Jeux olympiques de Los Angeles 2028 sont dans sa ligne de mire. Mais elle voit encore plus loin : Jeux olympiques de Brisbane 2032.

Elle le dit sans détour :

« J’y crois vraiment très fort. »

Ce qui lui manque ? L’expérience. Car en eau libre, les meilleures ne sont pas les plus jeunes. Il faut du temps, des courses, des erreurs aussi.

Mais elle est bien entourée. Son coach, ses coéquipières, son environnement… tout converge.

Une trajectoire guidée par l’émotion

Chez Lou-Ann Godaire, rien n’est calculé froidement. Tout part de l’intérieur : une intuition, une envie, une émotion.

C’est ce qui l’a poussée à partir seule dans ce dernier tour décisif. Ce qui l’a maintenue dans l’effort quand elle n’avait pas encore le niveau. Ce qui la fait encore avancer aujourd’hui.

Et peut-être que c’est là, finalement, sa plus grande force.

Dans l’eau, comme dans la vie, elle nage à l’instinct.

Et pour l’instant, cet instinct ne se trompe pas.